TRANSMUTATION DE TOUTES LES VALEURS

transmutation

Dans son essence humaine, l’homme est un être réactif. Il ne se détermine vraiment que face aux dangers ou par rapport à son état. Après la phase de nihilisme, une conversion radicale se produit donnant le surhomme. “L’inversion des valeurs” réalisée par L’Antéchrist, et par Le Crépuscule des Idoles est l’aboutissement de ce processus de déchristianisation. L’avantage est-il aux forts ? Non, pas forcément ! Dans Le Crépuscule des Idoles, Nietzsche constate la force des faibles, et la victoire des faibles sur les forts, par leur nombre (début du christianisme).

Volonté de Puissance …ou volonté de pouvoir ?

 

Comme il l’écrit en avertissement au début de l’édition du Livre de poche, Marc Sautet a toujours préconisé la restitution par “La Volonté de Pouvoir”.

La première partie est consacrée au nihilisme européen.

La dernière partie du livre fait l’éloge d’une société nouvelle régie par la loi du plus fort. Là, malheur aux faibles et aux malades ! Une aristocratie échafaudée sur l’esclavage des masses au profit d’une élite. S’inspire-t-il de la constitution de Sparte ? C’est assez proche de ce qu’on lit dans Par delà Bien et Mal, IXe partie : Qu’est-ce qui est noble ?

Y figurent les prémices de ce raisonnement, inspiré du darwinisme social : «La vie est essentiellement appropriation, agression, assujettissement de ce qui est étranger et plus faible, oppression, dureté, imposition de ses propres formes, incorporation et exploitation.» (§ 259). La vérité est dure : « Si l’on est assez loyal envers soi-même pour se l’avouer, la vie est précisément volonté de pouvoir : c’est un fait, depuis le début de l’histoire des sociétés et des civilisations que la volonté de vie est de dominer et d’exploiter par la force.» Sinon, c’est la dégénérescence de la société.

Que vaut ce philosophe anti-chrétien, un malade contraint de démissionner de son poste de professeur de philologie qui ne reconnaît même pas les avantages du socialisme et de la démocratie (égalité des droits et des suffrages) ? Aurait-il bénéficié d’une pension et aurait-il pu s’exprimer et faire publier ses livres s’il n’avait été en régime démocratique avec des mesures sociales pour son état qui l’affaiblit à un âge encore précoce ?

Quand on lit jusqu’à la fin, on est frappé par ces positions :

– élitistes, “noblesse” de type barbare, où la force et l’énergie sont des moyens de domination,

– contre la civilisation qui réconcilie les mœurs par une longue maturation philosophique,

– qui s’enfoncent dans l’immoralité la plus grossière.

C’est sa sœur qui lui a conféré une mauvaise réputation, car c’est elle qui était liée par son mari au parti Nazi au contraire de F. Nietzsche qui se défendait alors de tout ce qui était allemand.

Après sa mort, le Nietzsche-Archiv fut créé à Weimar. Mais l’ensemble des textes non publiés que son secrétaire Köselitz (Peter Gast) et sa sœur Élisabeth ont rassemblés pour publier le livre Volonté de Puissance (en 1901) ont sans doute été falsifiés. Deleuze parle de «déplacements de textes» et de mauvaises lectures plutôt que de falsification. Selon Mazzino Montinari, Nietzsche n’a pas écrit, ni n’avait l’intention d’écrire, à la fin de sa vie consciente, une œuvre qui porterait ce titre: «La Volonté de Puissance». Pourtant, Nietzsche annonce cette œuvre en préparation, La Volonté de Pouvoir, essai d’une transvaluation de toutes les valeurs, dans la troisième dissertation de sa Généalogie de la morale. Après la rédaction de La Généalogie de la Morale, Nietzsche reprend ses notes, renonce au titre au profit de Renversement de toutes les valeurs et décide de publier séparément les morceaux déjà prêts : L’Antéchrist, et le Crépuscule des idoles. Après une critique des valeurs établies, il énonce le principe d’une nouvelle évaluation, la volonté de pouvoir (après le pouvoir de la volonté divine sur l’homme va régner la volonté de pouvoir du surhomme). Voir aussi, sur ce sujet, le site de O. Nyssen.

Enfin, est-ce bien son œuvre ? A-t-elle été falsifiée par ceux qui ont organisé et publié ses écrits posthumes ?

– En partie, mais la 9ième partie (Qu’est-ce qui est noble ?) de Par delà Bien et Mal est de la même veine. C’est “la philosophie de l’avenir” qu’il décrit… et qui finit par triompher un peu partout !

En voulant chasser toute hypocrisie, toute vanité, et faire reconnaître que le mal existe, bien caché dans les tréfonds de la conscience, pourquoi rappeler nos instincts vitaux et nous dire nos quatre vérités ? Ne vaudrait-il pas mieux laisser ce côté sordide en veilleuse et mettre plutôt en valeur les qualités du christianisme et de notre civilisation ?

Nietzsche délaisse les idéaux pour nous asséner des réalités. De fait, nous vivons toujours selon le type de relation dominant/dominé : en couple, à l’école, au travail. Nos instincts naturels ne sont pas à réprimer, mais quand même à dominer. La société fonctionne comme cela. S’il y a une morale des maîtres qui s’oppose à une morale d’esclave, Nietzsche préfère celle des maîtres. En fait, qui aimerait avoir la condition d’esclave ? Avoir un maître dur, méchant, sans pitié, n’est pas enviable. Alors que fait-il ? Il nous indique comment en sortir. Il faut lutter, le vouloir, avec passion, obstination.

Intolérable serait la volonté de répandre la pensée du mépris des faibles, des médiocres, des dociles, mais les faire réagir ainsi pour qu’ils se hissent à une condition supérieure peut se concevoir, à condition que ceux-ci lisent Nietzsche. C’est là toute l’ambiguïté. En fin de compte, ses livres sont suffisamment répandus pour qu’ils ne soient pas réservés à une petite élite. Alors, diffusons-les justement pour que le maximum de gens sachent…

En fait, “La Volonté de Puissance” n’existe pas : ce fut un projet à peine élaboré par Nietzsche. Il voulait écrire un ouvrage de la même envergure que l’imposant “Monde comme volonté et comme représentation” de son ancien maître Schopenhauer – qui se plaisait à toujours renvoyer ses lecteurs à cette masse de papiers. S’il a abandonné (et refusé) très tôt ce projet, ce n’est pas parce qu’il commençait à devenir fou, comme voulaient le faire croire certains (souvent, des profs de philo : classe peuplée en grande partie de piètres penseurs), et qu’il ne pouvait pas par conséquent écrire un ouvrage systématique, mais plutôt parce qu’un ouvrage synthétique ne lui convenait pas : sa pensée ne supporterait pas un système fermé, un livre qui dirait “c’est moi et je suis ainsi” alors que sa pensée n’a jamais cessé d’évoluer. Alors, de cette ébauche, il en a pris des morceaux pour écrire “L’Antéchrist”, il s’est fragmenté tout comme sa pensée nous parait en fragments… Ensuite vint sa sœur maudite : son antisémitisme était un symptôme de sa malhonnêteté et c’est pourquoi elle n’hésita pas à jeter au feu des lettres compromettantes, à falsifier ses écrits – et à écrire en grande partie “La Volonté de Puissance” à la sauce aryenne.

Nous savons à quel point la découverte de sa vraie philosophie en aura souffert. Depuis, l’on a retrouvé de nombreuses notes manuscrites qui faisaient partie de cet ouvrage. On a pu le laver de cet antisémitisme tant méprisé par Nietzsche. Lisez le livre de  Karl Schlechta : Le cas Nietzsche (éditions Gallimard) petit essai écrit à la fin des années cinquante et à partir duquel Colli et Montinari ont pu entreprendre leur fameuse édition. C’est dire que Le cas Nietzsche a fait date à sa sortie et surtout qu’il a “remis les pendules à l’heure” quant à son soi-disant antisémitisme. Nous n’insisterons donc pas sur ce livre falsifié, La volonté de puissance, qui est aujourd’hui nettement reconnu comme n’étant pas entièrement de Nietzsche.

Et, comme il n’y avait pas d’autre ouvrage complet de Nietzsche sur le Net, il était quand même important de le proposer; mais spécifions bien qu’il s’agit d’une compilation posthume d’après des morceaux choisis et ordonnés sous la responsabilité de la sœur du philosophe même s’il est fréquemment cité comme étant de Nietzsche; il est primordial d’en tenir compte à sa lecture. C’est l’édition française publiée en 1903 par Henri Albert sous ce titre – mais sa traduction souffrirait de contresens -. Selon Marc Sautet et son éditeur, ce livre est traduit des Œuvres Complètes de F. Nietzsche, d’après les manuscrits de F. Nietzsche

Advertisements